Histoire

Les villages, les villes sont nés presque toujours, à une époque ancienne, auprès d’une rivière, au bord d’une route fréquentée, au carrefour de plusieurs voies de communications.
Herbault, bourg important, chef-lieu de canton étendu, présente la particularité d’exister parce qu’un homme l’a voulu et a imposé sa volonté. Avant 1790, Herbault n’était qu’un hameau de quelques maisons autour du château.

La paroisse (où se trouvait l’église) c’était Jussay. Aujourd’hui Herbault est commune  et Jussay est un hameau. A vrai dire, Jussay était une toute petite paroisse de 30 habitants environ, mais le hameau d’Herbault était moins important encore. Le château constituait par contre un fief de propriétés étendues. Notons au passage qu’une étude de notaire fut créée à Herbault en 1679.

Tout cela allait changer avec la venue ici de Dodun, Contrôleur général des Finances sous Louis XV (soit à peu près l’équivalent d’un ministre des Finances). Dodun acheta la terre d’Herbault en 1710. Il y fit bâtir « un palais considérable style Louis XV » dont nous parlerons plus loin. Il fit ériger la propriété en Marquisat Prairie et il obtint de l’état la création d’une gabelle et la construction du bâtiment du grenier à sel, avec les deux pavillons qui l’accompagnent.

La création d’une gabelle fut un événement décisif pour Herbault. On créa en effet une circonscription de pays de trois à quatre lieues à la ronde dont les populations furent forcées de venir chercher leur sel (à un prix élevé) à Herbault. « C’était là le principal revenu du gouvernement d’alors ». Tout naturellement, le courant créé par cette obligation entraîna la prospérité du village où se construisirent alors des auberges et des maisons d’habitations.
Le seigneur du lieu institua également un marché, ce qui ne pouvait que développer encore l’essor pris par le hameau. L’institution du marché devait, dans les années suivantes, provoquer de sérieuses difficultés entre les habitants d’Herbault et ceux des Landes. Ces derniers s’étaient vus privés de leur marché par Dodun, au bénéfice d’Herbault. Or, la « nécessité d’un marché à Landes a été sentie dans tous les temps puisqu’il a été établi en 1572 et confirmé par le roi Henri IV en l’année 1607 et qu’il a subsisté les jeudis de chaque semaine jusque vers l’an 1720″, date à laquelle M. Dodun « fit par son crédit et autorité, transférer à Herbault le marché qui se tenait à Landes ».

Ces lignes sont empruntées à un mémoire rédigé en 1790 par les habitants de Landes, qui font état de l’emplacement privilégié de la localité, de ses ressources en rivière, puits et fontaines, carrières, vigne, bons chemins, etc. (avantages dont Herbault est totalement dépourvu, font observer les pétitionnaires). Mais le marché resta à Herbault et Dodun fit édifier au milieu de la place, dont elle « embarrassait plus du quart », une vaste halle « d’une forme disgracieuse », précise le chroniqueur.

Grâce à ces mesures autoritaires, le bourg d’Herbault prenait de l’importance. Il n’y manquait plus qu’une église. En 1790, celle-ci était encore à Jussay et les habitants d’Herbault s’en plaignaient. Ils eurent enfin satisfaction et le moins paradoxal de toute cette histoire n’est sans doute pas que l’on construisit l’église d’Herbault en pleine période révolutionnaire, au moment même où ailleurs, on démolissait les édifices religieux. En réalité, les révolutionnaires, en supprimant l’église de Jussay, propriété du château de ce village avaient conscience de détruire un privilège.

Lorsqu’en 1790 fut aboli le monopole du sel, le grenier devint sans emploi. Le bâtiment et ses dépendances furent vendus comme biens nationaux et « M. Moreau d’Herbault, propriétaire hardi » s’en rendit adjudicataire. Sa fille, Mme Selleron vendit à la commune, en 1869, le grand bâtiment du milieu (celui qui avait servie de magasin à la gabelle). Alors la municipalité y établit les services publics de la commune, à savoir : justice de paix, mairie, classe et maison d’école des garçons, le dernier bâtiment étant une annexe construite cette année-là.

La municipalité qui avait acquis « la grande vieille halle », la fit démolir en 1858 et construire une nouvelle halle « en forme de kiosque et plus petite que l’ancienne », mais vers 1960, celle-ci, vétuste et sans utilité désormais, a été démolie permettant ainsi de mieux utiliser la place. Il fallut alors l’intervention d’un puissant personnage pour conserver à Herbault l’importance que, moins d’un siècle auparavant lui avait procurée le propriétaire du château.

En effet, Herbault faillit perdre sa qualité de chef-lieu de canton en 1792. Les paroisses étaient groupées en doyennés et ce sont ces doyennés qui servirent de base à la constitution des cantons et des justices de paix. Il y avait un doyenné à Landes, un autre à Onzain. Sans l’intervention du Marquis de Rancougne, alors propriétaire du château d’Herbault, c’en était fait de l’avenir d’Herbault qui venait de perdre sa gabelle, qui aurait perdu sa justice de paix et n’aurait sans doute jamais plus été chef-lieu de canton. Déjà les habitants de Landes qui n’avaient jamais admis que leur marché fut transféré à Herbault, profitèrent de l’occasion pour vouloir le rétablir. Il fallut l’intervention de la maréchaussée pour l’empêcher.

Notons encore quelques-unes des remarques de notre chroniqueur : « En 1818 seulement, il fut établit une boîte aux lettres. Les lettres du bourg étaient distribuées le même jour, mais celles des communes « circonvoisines » (il y avait très peu de lettres) ne l’étaient que lorsqu’il y en avait assez pour occuper la journée d’un homme qui était pris exprès. Il en était de même pour celles de Blois.
En 1825, un courrier à cheval de chaque jour fut établi de Chateaurenault à Herbault et de là un autre sur Blois. Les dépêches de Chateaurenault n’allaient plus par Tours. Enfin au 1er avril 1930, la poste aux lettres fut organisée sérieusement à Herbault. C’est la date de l’établissement des facteurs ruraux dans toute la France. Seulement pendant plusieurs années, les communes rurales ne recevaient leurs lettres que tous les dix jours ». Et M. Rabouin ajoute cette remarque d’ordre plus général : « Les administrations ne comptaient point sur la poste, avant le service rural, pour leurs correspondances. Il y avait un agent à pieds attaché à la préfecture et aux sous-préfectures pour ces transports dans les communes. Ce temps n’est pas loin, que l’on compare si l’on veut le progrès qui s’est fait pour la célérité des dépêches et des transports en si peu d’années ».